"Cadavre exquis"
Le crime de Montplaisir. Limoges 1908
"A l'initiative de l'association Plumes de passage et sous la conduite de Vincent Brousse et Philippe Grandcoing, 12 auteurs se sont librement inspirés d'un fait divers bien réel."
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Pour fêter la sortie de ce livre édité par Le Bruit des Autres nous vous proposons un exercice basé sur un Cadavre Exquis. Nous nous sommes mis à 7 pour cette histoire un peu folle où aucun des participants ne connaissait le texte de l'autre.
Chaque participant écrit une histoire. La 1ère phrase de mon histoire est la dernière de l’histoire de mon voisin de gauche, la dernière phrase de mon histoire est la 1ère de l’histoire de mon voisin de droite.
Merci à
Gérard, Céline, Virginie, Marie, Dominique, Hélène, Michèle.
Le bonheur de son enfance essayait de ne jamais finir.
Mais hélas, les années qui s'accumulaient lui apportaient aussi des douleurs. Ses lacets de chaussures s'éloignaient de plus en plus de ses deux mains. Les escaliers étaient de plus en plus nombreux pour rejoindre son petit appartement du troisième étage. Il était maintenant si seul que même sa télévision s'ennuyait. Heureusement, il aimait toujours lire et surtout écrire. Se replonger ainsi dans les rêves et le bonheur de sa jeunesse. Ses souvenirs, ses joies, ses Amours lui revenaient ainsi en mémoire. Il souriait aussi de toutes ses bêtises de gamin parfois même il en riait si fort que...
ses dents en tremblaient, euphoriques à jamais.
Elles venaient en effet pour la première fois de croquer une pomme tout juste cueillie sur l'arbre du jardin. Le fruit était joufflu et ferme. Un vrai plaisir. Les jolies quenottes n'avaient jusqu'alors connu que la nourriture insipide, molle et tiède de la cantine de l'école... et le duo traditionnel des dîners familiaux : pâtes et jambon blanc. Cependant, malgré cette expérience gustative sans précédent,
La jeune-fille cachait plus ou moins sa tristesse.
Ce matin était morte Zoë, qui avait été sa seule amie pendant une dizaine d'années. Sa mère m'en avait parlé pendant que nous préparions le thé. Toute la maison résonnait des rires des invités et la jeune fille essayait de prendre part aux conversations. Peut-être croyait-elle son chagrin ridicule. Il ne l'était pas pourtant. J'avais été moi aussi une adolescente timide dont la seule amie avait été un chat. Je compatissais à son sentiment d'être vulnérable et incomprise. A l'extérieur, le soleil se couchait sur le lac sur lequel donnait la maison que nous venions d'acquérir. Mon mari proposa à nos nouveaux voisins de regarder le film de notre voyage en Inde. La maison s'assombrit brusquement et la vidéo commença. La jeune fille baissa la tête et je m'approchais d'elle. Il fallait que je la sorte de là avant qu'elle n'éclate en sanglots. Je cherchais brièvement une échappatoire et me tournais vers la fenêtre, derrière laquelle, je le savais,
Nul n’aurait pu dire comment elle était arrivée là, et quelle importance ! Un passé, lourd comme un pavé de mai 68 reçu en pleine tête par un manifestant avait cessé de nous plomber quand nous l’avions posée là, il y a une mois, un an, un siècle peut-être. Seuls restaient quelques scories d’histoires difficiles à démêler et à extirper. Il suffisait de peu, il était temps de reprendre la mer, comme cet ami qui avait tout abandonné pour faire le tour du monde. Un jour il m'avait confié en quelques mots que
la sincérité était importante aux yeux de son amie et qu’il était temps qu’elle range ses souvenirs compliqués dans une armoire en bois afin de ne pas être submergée par une frénésie de mots plus lourds les uns que les autres
Les mots on finit par les oublier, les mélanger et on se perd dans des explications dénuées de bon sens. Toujours est-il que pour se cacher et son ami l’avait compris,
cette bonne fée donnait une fleur, jouant malicieusement en même temps.
Mais les moutons blancs et noirs souhaitaient maintenant qu'on les laisse paître et reposer dans l'herbe grasse des prairies alpines. Depuis le matin, ils avaient eu leur compte d'aventures : dès l'aube on les avait chassés sans ménagement de leur étable douillette pour les enfourner dans de sinistres wagons de bois sombre. Malgré le manque d'espace et en dépit des soubressauts, le bélier, agacé par la promiscuité, avait distribué force coups de cornes. Et ni les agaceries, ni les cabrioles de la petite fée n'allaient guérir les blessés ! Alors, la paix ! Et dans le courant de l'après-midi, comble de malheur, le convoi s'était arrêté très longtemps à proximité d'un grand potager. A force de pousser les portes, les moutons exaspérés, affamés et assoiffés s'étaient libérés et c'est ainsi que
le troupeau avait mangé de l'ail, à cause d'une grêve inopinée des trains.
Le conducteur, syndicaliste sadique, avait arrêté sa machine en rase campagne. Aucun passager n'était autorisé à descendre. C'était un train touristique qui devait emmener les passagers visiter l'usine Boursin. Un repas gastronomique était prévu après la visite. Au cours du voyage, leur guide avait envisagé d'expliquer que le célèbre fromage ne contenait que de l'ail bien français. Pour étayer son argumentaire, il avait emporté des chapelets de têtes d'ail. Vers 14 heures, la faim devenant trop pressante, les chapelets avaient été égrenés et dévorés. L'haleine de chacun devenant très parfumée, un fou-rire général gagna le wagon. Les jeunes et les moins jeunes, les chevelus et les chauves, les femmes en baskets, celles en talons aiguilles, tous riaient sans vergogne, à gorge déployée. Un d'entre eux évoqua un souvenir d'agneau de Pâques trop aillé chez sa grand-mère et le fou-rire collectif s'amplifia. Chacun redevenait un enfant.
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Vous pourrez découvrir “Cadavre exquis” dans les rayons de la Bfm
ou le commander chez l'éditeur :
http://www.lebruitdesautres.com/bruitdesautres/index.php?sp=liv&livre_id=1467
“Le mercredi 7 octobre 1908, aux alentours de 5 heures et demie du matin, deux ouvriers tanneurs se rendant à leur travail depuis leur domicile, route d’Ambazac à Limoges, et passant chemin de Montplaisir, aperçoivent, le long d’une haie, un homme étendu à terre. Ils le secouent, croyant à un état d’ébriété, mais constatent son décès. Débute alors ce que la presse quotidienne qualifie immédiatement de Crime de Montplaisir.”
Une lecture de “Cadavre exquis” est prévue à la BFM en octobre. Nous vous tiendrons au courant.
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